• Marie Caquineau

Une visite royale à la découverte des réserves de Versailles


La première étape du parcours fut la visite de la Petite écurie sur la Place d’armes. Ce haut et grand espace en pierre et tomettes couvert de voûtes en briques était anciennement l’écurie du Château. Après avoir été abandonnée puis transformée en restaurant universitaire, l’écurie est devenue une réserve et un atelier appartenant à la Réunion des Musées Nationaux. Toutes les sculptures du Château de Versailles, ses jardins et ses dépendances y sont entretenues et restaurées. L’atelier n’est en charge que du mobilier du Château, l’immobilier relève des architectes des monuments historiques.

L’atelier a entrepris il y a quelques années une campagne de sauvegarde des bustes antiques de la Cour des marbres. Deux techniques y sont employées selon l’état des statues : une restauration et une remise en place de la statue ou un moulage à l’identique ensuite exposé dans la Cour et une conservation de l’original dans la réserve. La technique du moulage permet particulièrement de protéger les statues des jardins exposées aux intempéries subissant un délitement de leur surface par desquamation des couches de pierre qui entraine la perte des reliefs fins. Cette technique longue et compliquée permet de créer entre dix et vingt moulages ensuite exposés dans divers endroits.

Les réserves de la Petite écurie sont nombreuses. Parmi elles la gypsothèque est la réserve permanente et occupe la majeure partie de l’écurie. Dans cet immense espace des originaux dialoguent avec des moulages provenant notamment de l’Ecole des Beaux-Arts et transférés à Versailles après les dégradations de Mai 68. Ce lieu expose des œuvres hétéroclites : des fragments de statues, des statues antiques immenses en ronde bosse, des pièces de fontaine, des bas-reliefs, des monuments grecs et romains, byzantins, perses,

Un château en toute intimité

La seconde étape du parcours fut la visite du Château de Versailles. « Par chance » en grève ce jour-là, nous avons pu profiter d’une visite calme et approfondie de certains lieux parmi les quelques 2 300 pièces dont dispose le château.

Versailles était un lieu de chasse très prisé par Henri IV puis par son fils Louis XIII. Résidence principale de Louis XIV dès 1682, le château accueille ensuite Louis XV et Louis XVI. La Révolution française en chasse la famille royale en 1789. Les lieux sont alors vidés de leurs meubles, vendus ou détruits mais les bâtiments restent intacts. S’ensuit une période d’abandon du château qui se détériore rapidement, faute d’entretien. Au début du XIXe siècle Napoléon s’installe au Petit Trianon, et après avoir voulu raser le château, le transforme en hôpital militaire. Durant la Restauration, au milieu du XIXe siècle, le château est de nouveau inhabité. Puis en 1830, Louis-Philippe Ier investit personnellement dans la rénovation du château. Il fait construire sept niveaux d’appartements dans la nouvelle galerie de pierre et dédie l’aile Nord du château à l’Histoire de la Monarchie française, de Clovis à son règne.

En premier lieu, visite de la Sainte Chapelle, dernier grand chantier de Louis XIV achevé en 1710. La chapelle royale est construite selon le plan de l’architecte Hardouin Mansart. Le Roi, suivant la politique de Colbert de promotion des artistes français, fit appel aux peintres Jean Jouvenet et Antoine Coypel pour le décor du plafond. Trois messes pouvaient y être célébrées par jour, auxquelles la famille royale assistait depuis la tribune communiquant avec le Grand Appartement du Roi.

Le Grand Appartement du Roi est un appartement de parade constitué d’une enfilade de sept salons nommés selon les divinités romaines. Ses pièces sont décorées selon le modèle italien : lambris de marbre et plafonds peints. Le salon d’Hercule possède un plafond peint par François Lemoyne représentant L’apothéose d’Hercule. La peinture de ce plafond est une véritable prouesse par ses dimensions et la multitude des détails.

Après un passage par la Galerie des Glaces et les traditionnelles photos, nous sommes montés visiter les appartements du XIXe siècle. Un étage entier fut réaménagé dans les années 1950s afin d’accueillir les collections de peinture du XIXe siècle. Cette partie fermée au public, plongée dans le noir est inattendue dans un château si marqué par le faste de Louis XIV. Ces pièces dénuées de mobilier et tendues de tapisseries jaunes protègent près de cent tableaux représentant la famille de Louis-Philippe Ier, les aristocrates contemporains de ce roi, la vie bourgeoise et les grands évènements historiques du XIXe siècle notamment peints par Rosa Bonheur, François-Auguste Biard, Winterhalter, Bonnat,…

Enfin, la dernière étape fut la visite des salles des Croisades, créées en 1837 dans l’aile du Nord. Dans la poursuite de son programme historique, Louis-Philippe souhaita dédier cinq salles aux grands chevaliers des Croisades en se fondant sur l’ouvrage Histoire des Croisades de Jean-François Michaud, publié en 1812 (livre considéré comme une vaste supercherie dès la fin du XIXe siècle). Près de cent cinquante tableaux sont placés dans un décor néo-gothique constitué de boiseries peintes et sculptées. Certains emplacements destinés à accueillir des peintures demeurent vides, faute de poursuite du programme.

En conclusion, le château de Versailles et les bâtiments qui lui sont rattachés, par leur travail et leur histoire sont un véritable parcours historique, bien plus large que le règne de Louis XIV et tout aussi intéressant. Ces lieux mériteraient d’être ouverts à la visite afin de ne plus être inconnus du public. Le château de Versailles est, au-delà du musée des rois, un immense lieu de vie et de métiers.

Crédits : Inès Choudaly-Aubert


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